Est-ce que l’autodidacte a une chance en France ?!

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Mon aventure entrepreneuriale, quelle belle folie !

En plus d’être non diplômé et en situation irrégulière en France où je réside, je n’ai que le niveau baccalauréat lorsque je démarre mon projet en 2014. Plein d’enthousiasme et animé par une passion dévorante pour la musique camerounaise, je me suis lancé dans ce projet sans mesurer son envergure. Il faut dire qu’en tant que grand fan de la musique camerounaise, la musique de chez moi, je n’avais qu’une envie : pousser le maximum de personnes à la découvrir, l’écouter. L’ouvrir au monde avec ses couleurs, ses richesses. Même si plusieurs médias locaux concurrents se positionnaient sur la promotion musicale, je gardais la conviction que la musique camerounaise méritait un écho beaucoup plus important. C’est alors que je crée le web média musical Bimstr (Be In Music Street) avec le rêve fou d’apporter ma pierre à l’édifice mais surtout de faire mieux que la concurrence. Pour y parvenir, je n’avais que l’ambition et la rage du sans-papiers.

Fake it until you make it!

N’ayant jamais travaillé dans un milieu professionnel, j’étais conscient de mon manque de compétences. Il fallait donc absolument me former pour relever ce grand défi. Mais avec des moyens financiers limités, je ne pouvais que profiter des formations gratuites d’internet et surtout apprendre par la pratique. J’ai donc décidé de m’entourer des meilleurs pour apprendre d’eux.

J’ai dû galérer au départ et essuyer beaucoup de refus, même les proches ne montraient aucun intérêt à rejoindre l’aventure. Certains sceptiques ne voyaient pas l’intérêt de s’impliquer dans un projet qui était encore à l’étape « idée ». Beaucoup pensent que les projets entrepreneuriaux n’aboutissent jamais, c’était le cas de plusieurs personnes que j’approchais. Avec tous ces préjugés, il était impossible pour moi de dire aux personnes que je sollicitais que j’étais en situation irrégulière et non-diplômé.

Les mêmes remarques et questions revenaient : « Les camerounais ne peuvent rien faire ensemble, ils commencent toujours mais ne finissent jamais. » ou encore « Je gagne quoi dedans ? » ou « Tu commences à gagner des sous quand ? » Je n’ai pas pour autant abandonné, car comme j’aimais si bien le dire :

« La patience, c’est l’armure du guerrier. »

J’ai continué à avancer tout doucement sur mon projet, en cherchant les personnes qui m’accompagneraient. Grâce à ma persévérance, ma force de persuasion et mon leadership, j’ai réussi à fédérer des personnes brillantes et des experts dans des domaines aussi variés que le design, la maitrise d’ouvrage, l’architecture d’entreprise, le développement informatique… Des ingénieurs comme @Chritian Djakou @Denis Tadie @Stephanie Younang @Eyenga Marie Noel , @Vanessa Fotso , @Hervé Eblohoue , des designers comme @Daniel Wandji @Roy Minlend @Dorette Ntamak , des étudiants comme @Alice Kamgang @Rufine Songue @Claire Grognet et le marketeur @Nathanaël Sanduo avec qui j’ai fait mes premiers pas dans le marketing digital (J’ai travaillé avec une trentaine de bénévoles sur ce projet). Eux et bien d’autres ont chacun accepté de rejoindre le projet pour des raisons diverses. Certains souhaitaient apporter leur pierre à l’édifice du développement du continent africain tandis que d’autres trouvaient le projet sympa et me trouvaient assez convaincant et déterminé pour aller jusqu’au bout.

Pour espérer aller le plus loin possible avec mon équipe, j’ai décidé d’en faire une communauté. J’ai passé des nuits blanches à travailler des tactiques décalées pour créer un sentiment d’appartenance, et à le faire grandir. Le résultat était plutôt satisfaisant car les membres de ma team n’ont pas seulement donné de leur temps et leur compétence, ils ont tous mis des sous sur le projet.

En plus de manager l’équipe et piloter le projet de bout en bout, j’ai pris la responsabilité de développer la marque sur le digital. Ainsi commence ma relation amoureuse avec les réseaux sociaux en mi 2015. Le début a été certes difficile, mais a surtout montré l’efficacité du « test and learn ». Démarrer avec zéro follower et ne même pas être « follow » par ses parents ou frères peut être frustrant. Après plusieurs mois d’activité, j’avais à peine atteint 50 followers mais j’avais beaucoup appris de toutes ces stratégies et concepts qui n’ont pas marchés. J’ai dû tout recommencer en début 2016, j’avais désormais une vue d’ensemble sur les réseaux sociaux pour faire le choix de mon réseau social principal.

J’ai redéfini la cible de Bimstr : les jeunes de 18 à 35 ans qui manquent souvent de connexion internet. Alors j’ai décidé d’aller les chercher où ils se trouvent : sur internet et sur le terrain. Sur internet, c’est sur le premier réseau social en Afrique, Facebook fort de plus de 184 millions d’abonnés que le projet Bimstr a débuté. J’ai défini une ligne éditoriale, et choisi un ton léger et particulier dans lequel les consommateurs du bas de la pyramide se reconnaissent. Par la suite, j’ai compris que ma cible faisait davantage confiance a une personne sur laquelle elle pouvait mettre un visage, et c’est à ce moment-là que j’ai personnifié la marque et personnalisé le rapport. Six mois plus tard Bimstr comptait déjà plus de followers que les autres médias locaux, environ 50 mille followers. Je constate un fort engagement sur le média social Bimstr : les followers interagissent très souvent et n’hésitent pas à donner leurs avis sur l’actualité musicale. Je décide alors de transformer les 50 mille followers en une véritable communauté avec un fort sentiment d’appartenance. Je développe une nouvelle approche disruptive baptisée REVALT (Revalue The Target), et je labellise la communauté « Les Z’experts » ; un jeu de mots avec la notion d’Experts mais avec un “Z” pour marquer la différence avec un expert conventionnel.

Avec Bimstr, j’ai créé des « brandverbs » (le verbe « Bimster ») et des codes, tels que « Ne Faites pas Dans La Sorcellerie », propres à notre communauté, développé des concepts, émissions et jeux. J’ai aussi impliqué des membres de la communautéet développé la fierté de collaborer sur ce projet. Avec toutes ces stratégies appliquées, j’ai rapidement fait de notre communauté, de presque 200 mille followers, et de notre média Bimstr, des références. Bimstr est désormais le média musical numéro un au Cameroun. Les membres de la communauté Bimstr ne sont pas des clients mais plutôt des partenaires. Avec eux, nous nous déployons désormais sur divers réseaux sociaux tels que WhatsApp, Télégram, Instagram…

Bimstr est aujourd’hui un média avec un ensemble de volontaires à deux niveaux : les bénévoles et les Z’experts. Nous avons recruté des salariés et adossé une agence digitale au média Bimstr pour accompagner les marques de façon transversale sur leurs problématiques de communication digitale audiovisuelle et événementielle. C’est une structure autogérée qui réussit à subvenir à ses propres charges. C’est une fierté de voir ma petite idée de base devenir aussi grande.

Pourquoi je vous raconte toute cette aventure ? Parce que ma structure est basée en Afrique et ses revenus ne me permettent pas encore de vivre en France où je réside. Je suis désormais en situation régulière :), aussi surprenant que cela puisse paraître, je souhaiterais être salarié, car je pense qu’en développant l’approche de marketing social Bimstr (REVALT) dans un autre cadre, je saurais amener les marques qui me feront confiance à se différencier sur le marché. Mais une question ne cesse de me tarauder l’esprit :

« Est-ce que l’autodidacte a une chance en France ? »

Pour beaucoup la réponse c’est non. Connaissant un peu le système, je les comprends. Mais je suis entrepreneur dans l’âme, je pense que tout est possible. Je fais donc cet article en espérant que chaque membre de mon réseau le partage et me recommande dans la mesure du possible.

Je vous raconterai sûrement par la suite chaque étape et chaque problématique que j’ai eu…

Si l’article vous a plu, n’hésitez pas a clap/applaudir pour montrer votre soutien. Ne faites pas dans la sorcellerie.

Anicet NEMANI

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